Grande entrevue avec Paul Henderson | La série qui a tout changé

Non, Paul Henderson n’a pas marqué seulement un but en 18 ans de carrière dans la Ligue nationale et l’Association mondiale de hockey. En fait, Henderson a marqué en tout 376 buts. Mais il y a un but que tout le monde retient, même 50 ans plus tard. Un but réussi lors de la célèbre Série du siècle de 1972. Parce que c’est un but qui a tout changé. Pour lui, mais aussi pour le hockey au complet.

Publié hier à 5h00

Richard Labbé

Richard Labbé
La Presse

Chapitre 1 : Un excès de confiance

Comme les 34 autres joueurs qui se présentent au camp d’Équipe Canada à Toronto, en ce 13 août 1972, Paul Henderson n’affiche pas une forme éblouissante. Il a passé l’été lui aussi loin du gymnase, loin des arénas. Et pourquoi pas ? Dans ce temps-là, pour les joueurs de hockey, l’été, c’était fait pour jouer.

« À cette époque, on disputait une douzaine de matchs préparatoires, et les gars se servaient de ces matchs-là pour se remettre en forme, raconte-t-il à l’autre bout de l’écran. Je me souviens, lors de mes années avec les Red Wings, les gars arrivaient au camp avec 10 ou 15 livres en trop ! »

Alors au moment de tous arriver à Toronto, nous n’étions pas du tout prêts…

Paul Henderson

C’est bien peu dire. En entrevue sur les ondes de la CBC, l’attaquant vedette Phil Esposito se moque des adversaires soviétiques, qui ont alors l’habitude de se lever au petit matin pour aller faire leur jogging. « Ça, c’est leur problème ! », lance un Esposito plus que confiant à la caméra, qui prend soin de préciser que l’été, c’est bon pour boire quelques bières. Le ton est donné…


PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE

Paul Henderson lors du camp d’entraînement d’Équipe Canada, à Toronto, en août 1972

Paul Henderson, lui, n’est pas un joueur vedette du calibre d’Esposito. Mais en août 1972, il revient d’une saison de 38 buts avec les Maple Leafs, et il est invité à ce camp parmi les étoiles, dans un premier temps dans un rôle de joueur de soutien.

« En partant, on m’a fait jouer en compagnie de Bobby Clarke et Ron Ellis, ajoute-t-il. Tous les trois, nous étions de très grands négligés en arrivant là-bas ; au camp, il y avait sept trios, et je me suis dit que nous allions être, au mieux, le cinquième trio… et probablement le septième ! »

« Mais on a travaillé comme des fous parce que nous étions de si grands négligés. Lors d’un match intraéquipe, j’ai marqué deux buts, et Bobby en a marqué un, alors nous avons fini par décrocher notre place. On formait un bon trio défensif, qui allait devoir museler le meilleur trio des Soviétiques. Notre trio a été le seul qui a disputé tous les matchs de cette série… »

Le camp d’entraînement d’Équipe Canada se termine dans la joie, et ensuite, tout le monde met le cap sur Montréal, là où le premier des huit matchs de cette série sera présenté, au Forum, le 2 septembre.


PHOTO PAUL-HENRI TALBOT, ARCHIVES LA PRESSE

Yvan Cournoyer à la présentation des joueurs d’Équipe Canada à la Place Ville Marie, en vue de la Série du siècle

Avant le début des hostilités, des joueurs canadiens croisent au centre-ville des membres de la formation soviétique, qui portent des vêtements de mauvaise qualité et qui ne semblent pas trop savoir ce qu’ils viennent faire là.

Des joueurs canadiens se pointent aussi aux entraînements des adversaires, dans les gradins du vieux Forum. Le défenseur Bobby Orr, qui ne peut pas jouer en raison de blessures aux genoux, y va de cette prédiction sans appel dans les pages de La Presse, en date du 2 septembre 1972 : « Je ne vois pas comment nous pourrions perdre un match… »


PHOTO ROBERT NADON, ARCHIVES LA PRESSE

Blessé, Bobby Orr assiste au premier match de la Série du siècle, le 2 septembre 1972, au Forum de Montréal.

Orr est loin d’être le seul à afficher un tel optimisme ; dans le même numéro de La Presse, neuf journalistes se prononcent sur l’issue de la série, et tous s’attendent à une domination canadienne, avec des prédictions de 8-0 ou 7-1 ou 6-2 après huit matchs… sauf Michel Blanchard, qui prédit une très courte victoire canadienne par un total de quatre victoires, trois défaites et une nulle.

La mise en garde

Cet optimisme contagieux gagne le vestiaire de l’équipe canadienne, là où personne ne prend la menace soviétique au sérieux.

Sauf l’entraîneur Harry Sinden.


PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE

L’entraîneur Harry Sinden lors du camp d’entraînement d’Équipe Canada à Toronto, en août 1972

« Il a tenté de nous mettre en garde, rappelle Paul Henderson. Il nous disait qu’eux aussi étaient capables de jouer au hockey. Nous, on se disait : OK, bien sûr qu’ils peuvent jouer au hockey… mais pas comme nous ! Ce qui n’était pas faux. Regardez un peu la force de frappe qu’on avait : 14 de nos joueurs ont fini par se retrouver au Temple de la renommée ! On avait une équipe d’étoiles, avec des gars comme Phil Esposito. Nous étions trop bons ! »

Il y a aussi que tous les experts, et tous les joueurs canadiens, croyaient en un énorme avantage devant le filet. Les visiteurs allaient confier leur destinée à un inconnu de 20 ans, du nom de Vladislav Tretiak, en qui tous les dépisteurs canadiens avaient vu un maillon faible.

Les Canadiens, eux, allaient avoir l’embarras du choix : Ken Dryden, gagnant du trophée Conn-Smythe un an auparavant, ou Tony Esposito, double gagnant du trophée Vézina.


PHOTO ROBERT NADON, ARCHIVES LA PRESSE

Le gardien Tony Esposito au camp d’entraînement d’Équipe Canada, à Toronto, en août 1972

« On savait que les Soviétiques étaient bons, mais on croyait qu’on allait finir par gagner… En particulier, on était convaincus que nos gardiens allaient faire toute la différence, ajoute Henderson. Je me souviens très bien d’avoir dit que si nos gardiens connaissaient un mauvais match et que le leur allait connaître un bon match, alors là, peut-être qu’ils allaient gagner un match. »


PHOTO MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Le gardien Vladislav Tretiak à l’entraînement au Forum de Montréal

La première rencontre de cette série, alors simplement baptisée « Série Canada-URSS », s’amorce comme tout le monde l’avait prédit : sur un air de domination canadienne. Le temps de le dire, et après seulement 30 secondes de jeu, Esposito fait 1-0. À peine six minutes plus tard, Henderson fait 2-0. C’est la fête au Forum, et sur le banc canadien, les sourires sont très nombreux.


PHOTO ROBERT NADON, ARCHIVES LA PRESSE

Phil Esposito et Brad Park lors du premier match de la Série du siècle, au Forum de Montréal

Mais les sourires vont peu à peu disparaître.

À la surprise générale, les Soviétiques marquent deux fois avant la fin de la première période. Après la deuxième, ils mènent 4-2. En troisième période, ils vont ajouter trois autres buts… À la sirène finale, c’est une marque de 7-3 URSS qui est affichée au tableau, sur fond de silence glacial.

« On voulait aller là, jouer contre eux et s’amuser, explique Paul Henderson. Mais après le premier match à Montréal, tout ça est parti en fumée… »

Chapitre 2 : Frappés par la réalité


PHOTO ROBERT NADON, ARCHIVES LA PRESSE

À la surprise générale, les Soviétiques ont écrasé les Canadiens par la marque de 7-3 lors du premier match de la Série du siècle.

« On était trop confiants, et quand on sous-estime son adversaire, on se retrouve dans le trouble. C’est ce qui nous est arrivé… »

Cinquante ans plus tard, c’est en ces mots que Paul Henderson résume le premier match de la Série du siècle. Au bout du signal vidéo, Henderson grimace encore quand il parle de cette défaite de 7-3 subie à Montréal, en plein Forum, alors que tout le monde s’attendait à une partie de plaisir.

« J’ai fait 2-0 en marquant à 6 min 32 s du début du match, se souvient-il, et en rentrant au banc, je me suis mis à regarder Bobby [Clarke] et Ron [Ellis], et je leur ai dit : “Les gars, ça va être une très longue série.” Même avec cette avance de deux buts, on savait, à ce moment précis, qu’on était dans le trouble. »


PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Le joueur du match, Valeri Kharlamov

« La plus grande erreur de [l’entraîneur Harry] Sinden lors de ce match a été de faire appel à une formation à cinq défenseurs. En troisième période, nos défenseurs étaient complètement vidés. On a tenu tête aux Soviétiques pendant deux périodes, mais nous n’avions plus rien en troisième. Ils nous ont détruits pendant les 10 dernières minutes de jeu… Leur condition physique était incroyable, et nous, à ce moment-là dans la série, nous n’étions pas vraiment en forme. En tout cas, pas assez pour les suivre. »

En plus du conditionnement physique, il y avait un autre problème de taille pour les joueurs canadiens : l’ennemi soviétique jouait d’une autre façon. Les Canadiens, habitués à affronter des Bruins, et des joueurs du Canadien, et des Rangers, et des Maple Leafs dans le cadre rigide de la LNH, n’étaient pas prêts à ça.


PHOTO GEOFF ROBINS, COLLABORATION SPÉCIALE

Paul Henderson

Parce que leur style de jeu allait à l’encontre de tout ce qu’on nous avait appris ! Ils sautaient sur la glace, et s’ils n’aimaient pas la façon dont le jeu se dessinait devant eux, ils renvoyaient la rondelle à l’arrière.

Paul Henderson

« J’ai joué pour [l’entraîneur] Punch Imlach à Toronto, ajoute-t-il, et si un gars avait fait ça, revenir en arrière ou passer la rondelle derrière, eh bien, il l’aurait fait sécher sur le banc pour le reste du match ! »

Encore aujourd’hui, Paul Henderson voit en ce premier match de la Série du siècle autre chose qu’une simple défaite. À ses yeux, ce fut le début de quelque chose, et aussi, en quelque sorte, la fin de quelque chose d’autre.

« Nous étions tous malades après ce match-là. Humiliés, complètement humiliés. Pauvre [Ken] Dryden… Chaque fois qu’il croyait que les Soviétiques allaient tirer, ils passaient, et chaque fois qu’il croyait qu’ils allaient passer, ils tiraient ! »


PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Ken Dryden laissé seul devant Alexander Yakushev et Yevgeni Zimin lors du premier match de la série

« Ç’a été l’un des pires moments de ma vie : on est à Montréal, c’est le premier match de la série… et ça finit 7-3. Si on regarde la vidéo du match, à la fin, on nous voit tous quitter la patinoire. On ne savait pas qu’il fallait rester pour les cérémonies d’après-match. »

Les Soviétiques croyaient qu’on était les plus mauvais perdants au monde, avec raison… mais on voulait juste sortir de là au plus vite. Si on avait pu aller se cacher sous la glace, on l’aurait fait.

Paul Henderson

Le réveil brutal

Pour les Canadiens, évidemment, il allait falloir faire beaucoup mieux lors du match suivant, le 4 septembre à Toronto. Après tout, les joueurs, les dirigeants, et presque tous les habitants du pays avaient claironné que le hockey canadien était immensément supérieur.

De la panique ? Oui, il y avait un peu de panique à l’aube de ce deuxième match.

« Et c’est ici que je dois lever mon chapeau à Tony Esposito, qui a été incroyable devant notre filet, ajoute Henderson. Ils ont encore mieux joué que nous, mais Tony a été excellent, et Peter Mahovlich a marqué notre troisième but, probablement le plus grand but jamais marqué sur la glace du Maple Leaf Gardens, un but en désavantage numérique lors de la troisième période. Si les Soviétiques avaient marqué lors de cet avantage numérique et si on avait perdu ce deuxième match, ça aurait été une tragédie. »

« Mais le but de Peter nous a redonné vie, et ensuite, on est allés à Winnipeg pour le troisième match, et on a dû se contenter d’un match nul de 4-4, avant de devoir aller à Vancouver pour le quatrième et dernier match au pays. »

Si le match à Montréal fut un tournant, le match numéro quatre l’a été tout autant, mais pour des raisons différentes. La série allait se déplacer à Moscou lors des quatre parties suivantes, et cette quatrième rencontre à Vancouver allait peut-être donner le ton en faveur des Canadiens… mais elle s’est conclue par une victoire de 5-3 des Soviétiques.

Pire, cette rencontre s’est conclue sous les huées.


PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE

Peter Mahovlich et Bill Goldsworthy à l’entraînement

« Bill Goldsworthy avait été inséré dans la formation pour ce match, et il a écopé de deux punitions en partant, et les Soviétiques ont marqué lors de ces deux occasions. Alors, avec un retard de deux buts, il a fallu ouvrir le jeu, prendre des risques, et ça a mal viré », explique Henderson.

La soirée aussi a mal tourné. À la dernière sirène, au moment où les deux équipes rentrent aux vestiaires, Phil Esposito reste sur la glace et accorde une entrevue sous le coup de l’émotion au descripteur Johnny Esaw. Il en profite pour faire passer un message : au lieu de huer, les partisans canadiens devraient peut-être penser à encourager leur équipe.


PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE

Phil Esposito et Peter Mahovlich

« Phil était notre leader, et après ça, les fans se sont réveillés. Ç’a été l’un des moments les plus importants de la série. Dans le vestiaire, les gars étaient humiliés, et les fans croyaient qu’on ne donnait pas notre pleine mesure. À partir de ce moment-là, le pays en entier a décidé de se ranger derrière nous… »

Chapitre 3 : LE but


PHOTO FRANK LENNON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Paul Henderson célèbre son but légendaire, le 28 septembre 1972 à Moscou.

Au bout des quatre premiers matchs, la fiche d’Équipe Canada est la suivante : 1-2-1. Une seule victoire, surtout face à des Soviétiques « venus pour apprendre », comme on disait alors, c’est quelque chose qui ressemblait à une honte nationale.

Dans La Presse du 22 septembre 1972, un vox pop est publié, et une certaine Danièle Denoncourt, secrétaire légale, résume la pensée du peuple canadien en ces mots : « Cette série agit sur nous comme une claque en pleine figure. »

Pour toutes ces raisons, le quatrième match à Vancouver avait fini sur une défaite et sous les huées. Malgré tout, quelque 3000 partisans canadiens décident de faire le voyage en direction de Moscou. Enfin, les huées allaient faire place aux encouragements…

Le 22 septembre 1972, donc, le cinquième match de la série, et le premier sur le sol soviétique, est présenté à l’aréna Loujniki. Le Canada laisse filer une avance de 4-1 et perd le match 5-4… mais Paul Henderson sent que le vent est en train, peu à peu, de tourner.

« J’ai marqué deux buts lors de cette partie, et je me souviens avoir dit que si on ne gagnait pas les trois prochaines, on allait être pour toujours reconnus comme les pires perdants de l’histoire du hockey canadien. Mais on commençait enfin à retrouver la forme ; avant d’arriver à Moscou, on avait pu disputer deux matchs préparatoires en Suède, sur une glace de dimension internationale, et on était en train de retrouver notre rythme. »

Le premier match à Moscou, ç’a été la première fois qu’on sentait qu’on avait mieux joué qu’eux.

Paul Henderson

À Moscou, les joueurs canadiens doivent se méfier de leurs adversaires sur la glace, mais peut-être aussi d’adversaires plus pernicieux, qui se fondent dans le décor. L’attaquant Frank Mahovlich, entre autres, croyait être suivi et observé jour et nuit.

Aussi, pour parer au pire, la délégation canadienne avait cru bon apporter sa propre bière et sa propre nourriture. « Mais après quelques jours, on a réalisé que notre bière et nos steaks avaient disparu… après ça, c’est évident que ça allait être la guerre », note Henderson.


PHOTO MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Vladislav Tretiak

La confiance renouvelée des Canadiens, combinée à la haine générée par des caisses de bière disparues, aura tôt fait de rétablir le rapport des forces. Équipe Canada remporte les matchs 6 et 7 — Henderson est l’auteur du but victorieux lors de ces deux matchs —, de sorte que le grand gagnant va être connu au terme du huitième et dernier match de la série, le 28 septembre.


PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Phil Esposito inscrit le premier but du Canada, acclamé par Paul Henderson et Ron Ellis.

Après 40 minutes de jeu, les Soviétiques ont une avance de 5-3, mais Esposito marque en début de troisième période, puis Cournoyer…

Puis Paul Henderson.

Le but de tous les buts

« Je me souviens de tout. Cinq ans plus tard, j’avais encore des frissons juste à revoir le jeu à la télé… Il ne faut pas oublier : les Russes avaient dit que si le match huit était une nulle, ils allaient déclarer victoire en raison du nombre total de buts marqués dans la série. »

« Notre trio était sur la glace en fin de match, on est rentrés au banc avec environ une minute trente à faire. Harry Sinden a enchaîné avec le trio d’Esposito, Cournoyer et Mahovlich, et il nous a dit que s’il restait un peu de temps au tableau, notre trio allait tout de suite retourner sur la glace pour conclure le match. Alors, avec environ une minute à faire, j’ai fait quelque chose que je n’avais jamais fait, et que je n’allais jamais refaire : je me suis levé et j’ai crié en direction de mon joueur, l’ailier gauche, pour qu’il vienne changer. Peter [Mahovlich] est rentré au banc, et j’ai sauté par-dessus la bande… »

Cinquante ans plus tard, Paul Henderson n’a rien oublié. Il n’a rien oublié du défenseur ennemi qui l’accroche, il n’a rien oublié de sa chute subséquente dans la bande, derrière le filet. Il se souvient de s’être relevé et d’avoir crié à Phil Esposito pour qu’il tente un tir, quelque chose, n’importe quoi.

Phil n’allait pas rentrer au banc, et il a essayé un tir, mais un tir faible, qui s’est à peine rendu à Tretiak, qui n’aurait jamais dû accorder un retour là-dessus… mais j’ai vu la rondelle, là, devant moi, et j’ai un peu paniqué. J’ai essayé de lancer au ras de la glace, je l’ai récupérée, et j’ai vu l’ouverture…

Paul Henderson

La suite est comme une symphonie, au ralenti, figée dans le temps. Les images tournent encore, toujours, et sans arrêt depuis 1972 : Tretiak étendu sur la glace, impuissant, la rondelle derrière lui, pendant que Henderson se lance sur Cournoyer, « en lui brisant presque le dos ! », explique-t-il en rigolant, même après tout ce temps.

Comment on se remet de ça, d’un tel triomphe, d’un tel but ? On ne s’en remet pas, parce que ça vous suit toute la vie.

« Il a fallu qu’on en parle, ma femme et moi, parce que nous sommes deux personnes très discrètes… mais on a décidé de chérir le moment. Alors, au fil du temps, je ne me suis jamais tanné d’en parler. Je n’ai jamais rien refusé à ce sujet, aucune entrevue, aucune question, rien. »


PHOTO GEOFF ROBINS, COLLABORATION SPÉCIALE

Paul Henderson

C’est drôle, parce que 50 ans plus tard, je continue de célébrer ce but ! Mais sur le coup, quand on est rentrés au vestiaire par la suite, personne ne célébrait. Nous étions tous épuisés.

Paul Henderson

« Je pense que ça m’a pris 30 minutes avant de finir par enlever mes patins. On est tous restés là, assis à nos casiers, à boire de la bière… personne ne célébrait. Mais on souriait. »

Encore aujourd’hui, Paul Henderson se fait demander s’il a gardé la célèbre rondelle. La réponse : non. « C’est [le défenseur] Pat Stapleton qui est parti avec. Mais il n’y avait rien d’écrit sur cette rondelle, et un été, pendant ses camps de hockey, Pat l’a placée parmi toutes les autres rondelles… alors personne ne sait avec certitude où elle se trouve à ce jour ! »

Ce que l’on sait, c’est que le bâton victorieux se trouve à Toronto, au Temple de la renommée. Le chandail numéro 19 de Henderson, lui, a été vendu aux enchères en 2010, pour la coquette somme de 1,2 million, établissant un record pour un chandail de hockey.

C’est beaucoup pour un but. Mais c’est aussi ça, la beauté du but de Paul Henderson : ce but-là ne va jamais mourir, parce que justement, ce n’est pas qu’un simple but.

Personne ne va l’oublier, encore moins Paul Henderson. « Je suis le seul gars qui a joué au hockey pendant 18 ans et qui a marqué un seul but… »

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